Passer au contenu

Gestion de projet : arrêter de “suivre un plan”, commencer à piloter l’incertitude

On a souvent une vision “idéale” de la gestion de projet : un planning, des jalons, des livrables, une réunion de suivi, et tout s’exécute.

Dans la réalité, un projet déraille rarement parce qu’il manque un Gantt.
Il déraille parce que les décisions sont floues, les attentes implicites, les dépendances sous-estimées, et les risques tus.

La bonne gestion de projet ne consiste pas à “tout prévoir”. Elle consiste à réduire l’ambiguïté, accélérer les décisions, et apprendre vite.

Voici une approche simple, très terrain.


1) Le vrai problème : on confond “planification” et “pilotage”

Planifier = imaginer un futur souhaité.
Piloter = s’adapter au réel à mesure qu’il se révèle.

Un projet est un système vivant : il traverse des imprévus, des arbitrages, des frictions humaines, des contraintes métiers.
Donc la question n’est pas “as-tu un plan ?” mais :

  • Est-ce qu’on sait pourquoi on fait ce projet ?

  • Est-ce qu’on sait qui décide et comment ?

  • Est-ce qu’on a un rythme de pilotage qui met les vrais sujets sur la table ?


2) Le cadrage qui évite 80% des galères (la fiche 1 page)

Avant de produire des livrables, produisez de la clarté.

Fiche projet (1 page) :

  1. Objectif : “À la fin, qu’est-ce qui aura changé ?” (1 phrase)

  2. Indicateur de succès : 1–2 métriques max (qualité, délai, adoption, coût…)

  3. Périmètre : ce qui est IN / ce qui est OUT (très important)

  4. Utilisateurs / parties prenantes : qui impacte / qui est impacté

  5. Contraintes non négociables : légales, sécurité, dates, budget…

  6. 3 risques majeurs : et comment on les surveille

  7. Décideur : qui tranche quand il faut arbitrer

👉 Si vous ne pouvez pas remplir cette page, le projet n’est pas “prêt”. Il est “vague”.


3) Rôles : l’ambiguïté coûte cher (et crée des tensions)

Beaucoup de projets souffrent de cette phrase :

“On pensait que c’était toi.”

Clarifiez 4 rôles, même dans une petite équipe :

  • Sponsor : porte l’intention, enlève les obstacles, arbitre si besoin

  • Owner / Responsable produit : porte le “quoi” et le “pourquoi” (valeur)

  • Lead delivery / Chef de projet : porte le “comment” et le rythme (exécution)

  • Experts : contribuent, alertent, proposent

Règle simple : une décision = un décideur.
Sinon, tout devient lent… ou politique.


4) Les 4 rituels qui transforment le pilotage

Oubliez les réunions “statut”. Faites des réunions qui produisent.

Rituel 1 — Kick-off (45 min)

Sortie attendue : fiche 1 page validée + règles de fonctionnement + rythme

Rituel 2 — Weekly d’avancement (30 min)

Ordre du jour fixe :

  1. Avancées (5 min)

  2. Blocages (10 min)

  3. Décisions à prendre (10 min)

  4. Prochaines 48h (5 min)
    ➡️ Interdit : raconter tout ce qui s’est passé. Priorité : débloquer.

Rituel 3 — Revue de livrable / démo (toutes les 2 semaines)

On montre du concret, même imparfait.
➡️ Objectif : réduire l’écart entre “ce qu’on imagine” et “ce que les gens utilisent”.

Rituel 4 — Rétro (30 min)

3 questions :

  • Qu’est-ce qui nous a aidés ?

  • Qu’est-ce qui nous a ralentis ?

  • Quelle amélioration on teste la semaine prochaine ?


5) Le tableau de bord minimal (qui sert vraiment)

Si ton tableau de suivi ne sert qu’à “rassurer”, il ne sert pas.

Un bon tableau de bord projet tient en 6 lignes :

  • Objectif + indicateur

  • État global (Vert / Orange / Rouge)

  • 3 risques majeurs

  • 3 décisions en attente

  • Top 5 tâches de la semaine (pas 50)

  • Dépendances externes (ce qui n’est pas sous contrôle)

👉 La valeur d’un pilotage, c’est la qualité de ses décisions, pas la quantité de ses tâches.


6) Le point aveugle n°1 : les risques non dits

Dans beaucoup d’organisations, “parler des risques” est vécu comme négatif.
Donc on se tait, et ça explose plus tard.

Installe une règle simple :

  • Chaque semaine, on demande : “Qu’est-ce qui pourrait nous faire rater ?”

  • Et on traite le risque comme un objet neutre, pas comme une faute.

Astuce : nomme un “risk owner” par risque (quelqu’un qui surveille + alerte).


7) Le point aveugle n°2 : les décisions en attente

Un projet ne ralentit pas, il attend.

Fais une liste “Décisions” visible (dans ton doc ou ton outil) :

  • décision à prendre

  • date limite

  • décideur

  • options

  • critères de choix

C’est le moyen le plus simple de gagner du temps… et de réduire la frustration.


Conclusion

La gestion de projet, ce n’est pas de l’administration.
C’est un design de collaboration : clarté, rythme, décisions, apprentissages.

Si tu ne devais retenir qu’une idée :
Un bon projet n’est pas celui qui suit parfaitement un plan.
C’est celui qui apprend vite, arbitre tôt, et livre du concret.

Vous voulez rendre vos projets plus fluides, plus lisibles et plus efficaces ?
The Big Factory accompagne les organisations pour structurer des modes de pilotage adaptés : rituels, gouvernance, outils et compétences.